Les programmes du collège ont oublié les cercles et les médianes d'un triangle !

Les nouveaux programmes du collège sont sortis !


Ils sont sortis, et c'est la panique devant toutes ces indications sur ce qui devra être traité au cours des cycles 2, 3 et 4. Les nouveaux programmes ont été regroupés trois années par trois années, ce qui rend les choses encore plus obscures, le but étant d'interdire tout redoublement au sein d'un cycle. Le cycle 2 va du CP au CE2, le cycle 3 va du CM1 à la sixième, et le cycle 4 intéresse les classes de cinquième, quatrième et troisième des collèges.

Si auparavant on devait savoir lire à la sortie du CP, on pourra maintenant traîner trois ans sans savoir lire, cela sans être en retard, et ce n'est qu'à la fin du CE2 que l'on fera le point. Les exigences des maîtres vont encore baisser, et le pauvre gosse qui saura lire en fin de CP sera obligé de côtoyer pendant au moins trois ans des camarades qui en sont incapables : c'est le nivellement par le bas assuré. 

Le programme de mathématiques du cycle 4 a la chance d'être celui qui semble le plus lisible quand on le compare aux autres programmes. En collège, on retrouve à peu près tout ce que l'on enseigne traditionnellement à des élèves de cet âge. Bonne nouvelle : les pédagogistes n'ont pas encore réussi à supprimer complètement la géométrie de tout le cursus d'un bachelier. Ce sera peut-être pour la prochaine fois, mais on dispose là d'un répit. On retrouve bien la notion de médiatrice d'un segment, d'angles, on s'intéresse toujours à la somme des angles d'un triangle, le Théorème de Thalès et celui de Pythagore seront encore travaillés dans les années qui viennent, on s'initie toujours à la trigonométrie dans le triangle rectangle, et ces incursions dans le pays de la géométrie permettra toujours de s'entraîner au raisonnement pur.

Des programmes de maths écrits dans la précipitation


Par contre les réformes sont décidées et appliquées avec tellement de précipitation que l'on trouve des oublis inquiétant un peu partout. Ici, les nouveaux programmes du collège ont carrément oublié de parler de :
- TRIANGLES (mis à part le triangle rectangle).
- de QUADRILATERES (on ne trouve aucune mention dans le programme, ce qui est fort !).
- des quadrilatères particuliers comme le CARRE (on parle seulement de racine carrée !), le LOSANGE, le PARALLELOGRAMME, bien que les élèves aient déjà rencontré et étudié ces figures auparavant. 
- de RECTANGLE, ce qui est époustouflant car je ne sais pas comment présenter la géométrie du collège en zappant les rectangles...

Cerise sur le gâteau, le programme demande d'étudier la sphère mais oublie de demander d'étudier les CERCLES, et on ne définit pas ce que sont les MEDIANES d'un triangle !

Euclide doit remuer dans sa tombe ! Trop pressés de distribuer la bonne parole et de changer de programmes pour avoir le temps de se relire... Espérons que ces oublis MORTELS seront vite corrigés.

Bonne nouvelle : mon dernier livre Géométrie du collège pour les matheux reste toujours d'actualité avec l'étude des poncifs enseignés en collège quelle que soit la réforme, jusqu'à maintenant. Il permet de se concentrer sur ce que l'on enseigne habituellement dans les collèges quelle que soit l'époque où on se place, décrivant ainsi un dénominateur commun sur lequel on peut s'appuyer indépendamment du temps qui passe.

Pour toujours parler de géométrie, les homothéties et les rotations réapparaissent alors qu'elles avaient complètement été rayées du programme des collèges et des lycées depuis la scandaleuse réforme Châtel des lycées en 2010/13. Un bachelier scientifique actuel, même de très bon niveau, ne sait plus ce que représente une homothétie ou une rotation. Là, il aura au moins entendu les définitions au collège, sans avoir les moyens de bien les comprendre, mais que peut-on attendre de plus actuellement ? 

Et parler de translations en collège, sans parler de vecteur, cela ne sert à rien : c'est bon pour les littéraires !

Voici la réaction d'une mégamathienne au sujet de ce nouveau programme de géométrie :

« Par contre les homothéties réapparaissent (...). De mon avis de néophyte dans le décryptage des programmes, je trouve cela un peu brouillon, incomplet et pas très lisible... Et je suis peut-être une « vieille réac », mais j'ai un peu de mal avec les « cycles »... En particulier pour la classe de sixième. »

MA REPONSE : c'est bon signe, et cela signifie que vous êtes parfaitement normale !

Peut-être se sont-ils aperçus qu'on utilisait des homothéties, des translations et des rotations dans n'importe quel logiciel de traitement d'images. Actuellement on ne parle plus de rotation qu'en CPGE, et  très mal, au moment où l'on donne son expression en terme d'affixes, le pire des moments pour comprendre ce que c'est.

Les nouveaux programmes sont brouillons, et l'étalement des apprentissages sur des périodes de trois ans n'aura qu'une seule conséquence assurée : celle de ne pas arriver à traiter le quart du programme pendant ces trois ans. C'est là où le bât blesse...

Pour le reste; le libellé est acceptable, comme on le voit dans l'extrait suivant :

« Ce programme [celui des trois classes de 5e, 4e et 3e] est ancré dans les cinq domaines du socle, et il est structuré selon les quatre thèmes traditionnels : organisation et gestion de données, fonctions ; nombres et calculs ; géométrie ; grandeurs et mesures et un nouveau thème intitulé algorithmique et programmation. Sa mise en œuvre doit permettre  de développer les six composantes majeures de l'activité mathématique : chercher, modéliser, représenter, raisonner, calculer, communiquer. Pour ce faire, une place importante doit être accordée à la résolution de problèmes internes aux mathématiques,  liés  à  des  situations  issues  de  la vie courante ou d’autres disciplines. (...) Le programme fournit des outils permettant de modéliser des situations variées sous forme de problèmes mathématisés. La résolution de problèmes nécessite de s’appuyer  sur  un  corpus  de  connaissances et de méthodes. (...) »

Tiens, c'est bien de rappeler qu'on a besoin de connaissances pour résoudre des problèmes. Avec les pédagogistes et leurs méthodes, on répète d'habitude le contraire : que l'on peut tout construire à partir de rien même s'il a fallu des siècles pour le faire. Ils sont ignorants optimistes, les pédagogistes...



Le danger est ailleurs...


Pour l'étude des bases en français et en mathématiques, bases essentielles sur lesquelles toute personne s'appuie toute au long de sa vie pour développer ses connaissances dans tous les domaines auxquels il s'intéressera, le danger de cette nouvelle réforme 2015 est ailleurs. Il se trouve dans les EPI et les aides personnalisées qui déstructurent l'enseignement et font exploser les capacités de suivi par les enseignants, autant que dans les horaires diminués qui sont d'importants facteurs d'échec.

Ne proposer que 3h30 de mathématiques par semaine en cinquième, quatrième et troisième, c'est déjà peu (4h serait un minimum), mais il y a pire : ces heures, comme d'autres heures dans des disciplines fondamentales comme le français ou l'anglais, seront amputées pour arriver à dégager 3 heures par semaine pour des activités loufoques déclinées en terme d'interdisciplinarité : les EPI, ou enseignements pratiques interdisciplinaires.

On remplace des heures à haute valeur éducative par des heures dont les objectifs seront vagues, qui offriront aux élèves de s'amuser en perdant leur temps, et dont l'objectif est d'obliger les enseignants à se coordonner pour organiser des thèmes de travail intéressant. Dans la pratique cette coordination sera impossible ailleurs que sur le papier, et ces heures seront l'occasion pour que les élèves s'amusent et apprennent l'indiscipline en classe. Et accessoirement perdent leur temps...

On ne va pas à l'école pour perdre son temps.



Liens à consulter :
Le programme du cycle 4 (mise à jour 15 avril 2015).
Les programmes des cycles 2 à 4 (mise à jour du 15 avril 2015) sont placés sur MégaMaths à cette adresse mais seront enlevés à la prochaine mise à jour ou réforme des programmes pour être placés de façon définitive sur la page Programme du secondaire
Le lien officiel sera certainement en fonction jusqu'à la prochaine réforme qui ne devrait pas tarder, car dans l'éducation nationale, chaque réforme en entraîne une autre dès qu'on s'aperçoit de ses retombées : c'est une véritable course en avant... présentée indubitablement comme une course de progrès.




Retrouver ma chronique sur MégaMaths Facebook 





Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

47% de plagiat dans un mémoire de master : de la nécessité d'utiliser un logiciel anti-plagiat

Voici comment s'est déroulé mon oral du CAPES interne

Lettre de démission d'un professeur de mathématiques en poste depuis 1999