Une nouvelle réforme du collège pour détruire encore plus l'enseignement des disciplines

Mauvais : chaque établissement choisira vraisemblablement où enlever 3 h par semaine pour les projets vaseux et gazeux interdisciplinaires (construction d'un plan d'éolienne, pâte à modeler, danse ancienne...).
Un coup dur pour achever d'enterrer les bambins... Et un flou artistique total qui empêchera de comprendre quoi que ce soit de cette réforme, chaque établissement devenant un cas particulier sur lequel on ne pourra plus raisonner.
Les AP (aides personnalisées) empêcheront les professeurs d'adopter la progression qu'ils estiment la meilleure pour leur classe, en les obligeant à suivre une progression commune imposée par une équipe éducative qui n'arrivera à aucun consensus réel, ce qui entraînera beaucoup de démotivation, la sensation de ne plus être aux commandes, et un laisser- aller de la part de professeurs méritants qui ont toujours bien mené leurs barques.
D'autres sauront tirer les marrons du feu en jouant la carte de l'innovation à tout crin, pour survivre ou s'économiser. Récemment, j'ai entendu parler d'un professeur de mathématiques de cinquième qui organisait des contrôles à passer par groupes de quatre pour remettre une seule copie à la fin de l'heure. Et un parent m'a rapporté que sa fille avait été la seule à travailler dans son groupe, ses trois autres camarades se contentant de se rouler les pouces. Quand on pense que la note donnée concernera ces quatre élèves, on frémit devant cet apprentissage en groupe qui ne servira qu'à faire perdre du temps aux "élèves normaux" pour se caler sur les possibilités de ceux qui n'ont pas envie de progresser.
Il y aura du flou artistique, pourra-t-on dire... Et des enfants qui ne progresseront pas selon leurs capacités. Que dire de l'infographie que l'on peut voir ici (trouvé sur cette page) :


On peut voir qu'une classe de sixième devra suivre 26 h d'enseignement, ce qui correspond effectivement à la somme des heures indiquées matière par matière dans le tableau. A ce niveau, le volume horaire de mathématiques est suffisant (4h30 par semaine). Le gag consiste à placer tout en bas 3h d'enseignements complémentaires qui seront des AP (accompagnements dits personnalisés) et des EPÏ (enseignements pratiques interdisciplinaires), ces trois heures étant prises dans l'horaire global des disciplines marquées juste au-dessus !

Il fallait y penser, et cette façon de présenter les choses montre que l'on peut à peu près tout faire dès qu'il s'agit de peaufiner la présentation et modifier la perception qu'aura le lecteur en lisant ces tableaux ! Les 4h30 de mathématiques seront évidemment amputées d'une heure d'AP où l'on n'aura pas ses élèves et où l'on récupérera des élèves venant de plusieurs classes différentes qu'on ne connaîtra pas et qui viendront les mains dans les poches pour attendre que cette heure se passe.

En cinquième, quatrième et troisième, ce sera pire : plus d'AP mais des EPI, par exemple pour parler d’œuvres d'art ou d'éoliennes ! On enlève des heures de maths et de français pour du difforme et de l'informe ! Bonjour les dégâts...

Dans la pratique, on utilisera ces EPI pour faire travailler les professeurs qui sont en sous-service dans l'établissement, et à l'opposé ne pas engager de professeurs dans les disciplines déficitaires comme les mathématiques. Dans la majorité des collèges, les EPI permettront de moduler les interventions des professeurs et diminuer les heures d'enseignement en mathématiques. Pour acte.

On pourra ensuite toujours se plaindre du niveau de nos enfants en maths et en français, bla bla bla, c'est déjà inscrit dans ces choix qui ont présidé à la réforme. Bla bla bla...

Voici ce qui remplacera nos heures disciplinaires en maths, en français et en anglais (référence ici) :
  1. Un magazine consacré à la machine à vapeur
  2. Les débats en caricatures
  3. Des éoliennes en maquette
  4. C’est quoi un urbaniste ?
D'ailleurs je vais recopier ci-dessous les explications de ce que l'on pourra faire durant l'étude de ces quatre thèmes présentés comme si "essentiels au développement de nos chers chérubins". A chacun de se faire une idée de l'opportunité de faire passer du temps à des collégiens sur ces thèmes. Vous verrez, c'est joli présenté comme çà, et cela fera plaisir à beaucoup de personnes qui oublieront que les fondamentaux en maths et en français ne seront jamais acquis avec des travaux de ce type. Ah, Ah Ah ! On n'y verra que du feu.

Voici les jolis extraits qu'on lira en faisant la part du rêve et de la réalité :


DEBUT DES EXTRAITS (réf. ici

1) Un magazine consacré à la machine à vapeur

Nadia, Carole et Jérôme sont en classe de 4e. Ce trimestre, le jeudi après-midi de 14 h à 16 h, avec leurs professeurs de mathématiques, de physique-chimie et d’histoire, ils mènent un projet sur la machine à vapeur : créer un magazine consacré à cette invention.

Du cours d’histoire, ils utilisent leurs connaissances sur la révolution industrielle au xixe siècle.

Du cours de physique, le chapitre sur la pression d’un gaz.

Leur professeur de mathématiques leur a demandé de prouver qu’il s’agissait réellement d’une révolution en calculant, à partir de la vitesse d’un cheval et la vitesse des premiers trains, le temps gagné pour rejoindre les villes de Lyon, Marseille, Orléans et Nantes depuis Paris.

Nadia, Carole et Jérôme rédigent actuellement leur magazine et seront évalués dans quelques semaines sur ce projet qu’ils présenteront à toute leur classe.


2) Les débats en caricatures

Agnès, Éloïse, Léo, Lorraine, Zinedine et Matteo sont élèves en classe de 5e. Leurs professeurs d’arts plastiques et d’enseignement moral et civique ont décidé de réaliser un travail autour de la liberté de la presse et, plus particulièrement du dessin de presse.

En enseignement moral et civique, il est demandé à chaque élève d’être en capacité d’argumenter et de confronter ses jugements à ceux d’autrui dans une discussion. Les six élèves doivent se regrouper pour organiser un débat autour de caricatures qu’ils doivent préparer dans le cadre du cours d’arts plastiques.

Leur enseignant a choisi de faire venir pendant une heure de cours un caricaturiste du journal local, qu’il a trouvé dans l’annuaire des réservistes citoyens et qui a accepté d’être le grand témoin de ce débat en classe.

Agnès et Zinedine sont doués pour le dessin, ils ont donc réalisé chacun une caricature sur un même sujet qui divise en ce moment les élèves du collège : la proposition des élus du conseil de la vie collégienne d'organiser des Olympiades pour tous les élèves dont la finale aurait lieu un samedi après-midi. Agnès a défendu la proposition alors que Louis a proposé une caricature dans laquelle il critique le fait que cela se fasse en plus des heures de cours.

Éloïse et Lorraine ont préparé et animé le débat dans la classe avec l’aide de leur enseignant et ont pu bénéficier d'un regard extérieur sur le sujet grâce au caricaturiste. Chacun a pu exprimer son point de vue. Léo et Matteo ont pris des notes pendant le débat et préparé un article pour le journal du collège.

Les enseignants les ont évalués sur ce projet complet : les caricatures, l’organisation du débat et l’article de presse.


3) Des éoliennes en maquette

Lucas et Nora sont élèves en classe de 3e et vont s’intéresser aux éoliennes avec leurs enseignants de physique, de SVT et de technologie.

Pour leur projet, Lucas et Nora doivent créer une maquette et faire un reportage vidéo sur le blog du collège.

Du cours de physique, Lucas et Nora utilisent ce qu’ils ont appris sur l’alternateur et les possibilités de production de l’électricité pour expliquer comment une éolienne produit de l’électricité. Avec quelques recherches personnelles, ils parviennent à aller plus loin et expliquer pourquoi certaines éoliennes sont plus performantes que d’autres.

Du cours de SVT, le chapitre sur les énergies fossiles et énergies renouvelables qu’ils ont étudié il y a quelques semaines.

Leur enseignant de technologie les accompagne dans la création d'une petite maquette représentant une éolienne. Ils ont déjà eu l’occasion en 5e et 4e d’être initiés aux démarches de conception et de modélisation numérique ; ils ont vu comment cela pouvait fonctionner sur un pont. À l'aide d'une maquette numérique, ils mettent en application leurs connaissances pour produire un modèle simple qui associe une hélice, un aimant et une bobine de cuivre qu’ils font tourner grâce à un sèche-cheveux afin d’alimenter une LED.

Lucas et Nora ont été évalués sur cette vidéo dans laquelle ils sont parvenus à expliquer de manière simple comment fonctionnaient les éoliennes et pourquoi elles pouvaient représenter une source d’énergie d’avenir.


4) C’est quoi un urbaniste ?

Les professeurs d’anglais, de géographie et de mathématiques ont décidé de faire découvrir un métier aux élèves, celui d’urbaniste. Pour cela, chacun a prévu d’associer la découverte de cette profession à une partie de leur cours. Après avoir fait intervenir un professionnel de l’urbanisme qui a présenté aux élèves son métier, la mise en pratique a pu commencer.

Le professeur de géographie lie le projet au chapitre sur la ville et sur les paysages et territoires pour que les élèves puissent mieux comprendre les problématiques posées dans ces chapitres à travers le regard d’un professionnel.

Le professeur de mathématiques a choisi de s’appuyer sur l’urbanisme pour aborder le chapitre "Aires et périmètres. "

Le professeur d’anglais quant à lui veut demander aux élèves de produire un exposé simple à l’oral sur ce sujet en expliquant brièvement ce qu’est le métier d’urbaniste et en prenant un cas très concret d’un quartier dans une ville anglophone.

Marie et Mélanie vont donc préparer un exposé et pour répondre à l’énoncé, ont dessiné sur une grande affiche le plan d’un quartier de Seattle. Elles ont tout d’abord expliqué comment l’urbaniste travaillait pour définir les contours d’un nouveau quartier. Puis, à partir du plan qu’elles ont remis à tous les élèves, elles ont comparé l’utilisation des différentes surfaces : la surface du parc, la surface des habitations, la surface du nouveau centre commercial.

Tout cela, en anglais !

Elles ont ainsi découvert un nouveau métier tout en mettant en œuvre leurs compétences : les concepts simples sur la ville, le calcul des aires et l’anglais.

FIN DES EXTRAITS


Cela me rappelle quand j'étais en cinquième et que pendant 6 mois on devait construire une maquette de bateau en bois. Je n'ai pas appris grand-chose à ce moment. Mais bon, ce n'était qu'une heure par semaine, et cela pouvait détendre...

Nul doute que d'énormes progrès en mathématiques seront à la clef de tous ces travaux...

Dans 7 ans, le niveau des futurs étudiants scientifiques qui entreront en fac de sciences va encore diminuer, et tout le reste avec pour les sciences, comme quoi il est toujours possible de faire pire que précédemment. Il faut s'y préparer.

Peste et commisération !

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