Le travail caché des professeurs : listes incroyable des réunions imposées pendant l'année !

Pourquoi ne trouve-t-on plus de candidats au concours de recrutement de professeurs de mathématiques ? Pourquoi les jurys de concours doivent-ils maintenant se contenter de lauréats aux connaissances fragiles en mathématiques ?


Une piste de réponse, parmi d'autres que nous n'aborderons pas ici, serait de se poser cette autre question :

Quelles sont les tâches d'un enseignant ?

  • Un professeur certifié doit 18 heures d'enseignement devant élèves par semaine, ce qui constitue la partie émergée de l'iceberg.
  • Il doit s'approprier les programmes scolaires et lire les instructions qui changent au minimum tous les huit ans. Les programmes de mathématiques sont à chaque fois bouleversés pour suivre la mode de l'instant. 
  • Il doit préparer ses cours séances d'enseignement d'une façon quasiment imposée : en maths actuellement, la hiérarchie impose d'appliquer la pédagogie constructiviste qui demande de toujours aborder les notions par des activités et s'arranger pour que les élèves découvrent ce qu'il y a à retenir. Pour certaines leçons, cette obligation est problématique et demande d'effectuer des contorsions inutiles qui ne font que rendre les enseignements plus opaques. Mais c'est le credo de ces dernières années, et c'est ce qui est imposé aux pauvres stagiaires. Les séances préparées en devant se contorsionner de la sorte demandent énormément de temps pour un effet quasiment nul sur le terrain.  
  • Il doit créer les sujets des devoirs sur table (DST) et des devoirs à la maison (DM), puis les corriger. En lycée et en mathématiques, cela devient vite l'activité principale de l'enseignant qui désire bien travailler pour ses élèves : par exemple, une seconde, une première et une terminale avec des effectifs moyens de 35 élèves par classe, et un minimum de 4 DST et 3 DM par trimestre représentent 7 x 35 x 3 = 735 copies par trimestre, soit 245 copies par mois. Avec une moyenne de 20 minutes par copie, ce qui est un minimum, on obtient 20 x 245 = 4900 min de correction, soit environ 82 heures assis devant une table sans bouger (si on se lève pour prendre un verre d'eau, il faut rajouter quelques minutes de correction). Cela rajoute mécaniquement environ 20 heures de travail par semaine, un travail fastidieux passé à décrypter des copies dont beaucoup sont illisibles, ce qui rend fou, et fait porter les heures hebdomadaires de travail d'un professeur certifié de lycée à 18 + 20 = 38 heures par semaine pour seulement deux activités : cours en présentiel et corrections de copies !
  • Il doit perdre des centaines d'heures à se concerter avec ses collègues pour répondre aux exigences des instructions qui ne font qu'augmenter à chaque réforme. Un seul exemple pour être bref : on concerte chaque semaine en lycée pour l'AP (aide personnalisée) qui n'a qu'un impact marginal sur les élèves, rien que pour déterminer des listes d'élèves et les répartir entre des professeurs qui enseignent des disciplines différentes, et dans la réalité on n'arrive jamais à faire correspondre les demandes des élèves aux disponibilités des enseignants, et on renouvelle des combats de professeurs qui proposent chacun une méthode différente pour déterminer ces listes, et les discussions ne terminent jamais.
  • Et il y a les réunions ! Avant on pensait aux conseils de classe, et c'était à peu près tout pour l'année. mais voilà, la concertation a été élue clef de voûte de tous les dispositifs machiavéliques  inventés et imposés depuis 40 ans et qui font chaque jour la preuve de leur efficacité (euh : je rigolais là).


Voilà pour l'entrée en matière. J'ai heureusement trouvé un article où l'auteur s'est fendu d'un énorme travail en essayant de répertorier toutes les réunions qui peuvent tomber sur... un professeur de collège. Mais rassurons-nous, les professeurs de lycée sont logés à la même enseigne. 

Alors voilà tout ce qu'il faut rajouter au service d'un enseignant, et tout ce qui va manger son temps et l'empêcher d’œuvrer pour le bénéfice des ses élèves, car à l'impossible nul n'est tenu, et l'extrait promis. Je l'ai modifié pour ajouter des prestations oubliées qui pourtant comptent (parfois lourdement) dans le temps de travail :

"Voici à quoi peut s'employer aujourd'hui le professeur sur son temps de préparation, de correction et de reconstitution de son enthousiasme pédagogique. Liste non exhaustive... On attend avec impatience les réunions pour mettre au point les EPI en 2016 !


- Préparation des cours : au moins 18 séquences à préparer chaque semaine si on est certifié.
- Préparation des documents à distribuer et passage à la photocopie : ces documents servent soit pour les activités proposées pendant les séances, soit pour les évaluations diagnostiques, formatives ou sommatives. Quatre classes à 35 élèves et au minimum trois documents à préparer par classe et par semaine, cela fait au moins 420 photocopies par semaine. On remarquera au passage que les manuels sont de plus en plus impossibles à utiliser compte tenu des choix originaux de progression imposés en conseils pédagogiques pour essayer de faire fonctionner les « aides personnalisées » et pour envisager des épreuves communes à un niveau donné comme l'impose souvent l'administration.
- Chaque jour, écriture de la description détaillée des séances d'enseignement sur le cahier de texte numérique (Pronote & Cie), avec mentions du travail à faire, inscription des devoirs, mise à disposition de documents (en utilisant un système informatique très sécurisé donc peu réactif, et vite débordé)
- Remplissage des notes et des bulletins trimestriels 3 fois par an (en utilisant un système informatique très sécurisé donc peu réactif, et vite débordé).
- Ecriture et présentation d'un rapport circonstancié sur la classe par le professeur principal et pour le conseil de classe,- Pré-conseils de classe entre professeurs de l'équipe pédagogique (12/an pour un prof certifié de lettres modernes en charge de 4 classes, 9/an pour un agrégé).
- Conseils de classe (12/an pour un prof certifié de lettres modernes en charge de 4 classes, 9/an pour un agrégé).
- Réunions parents/professeurs (minimum deux par an et par classe), 
- Réunions pour accompagnement personnalisé.
- Réunion de rentrée pour chaque niveau.
- Réunions remise de bulletins.
- Réunion préparation d'un « forum des métiers » en troisième.
- Réunion de concertation pour choix des sujets en commun.
- Réunion liaison CM2/6e (tous les ans).
- Réunion sur le projet d'établissement (tous les ans).
- Réunion pour l'HDA (l’Histoire des arts).
- Réunion sur les voyages.
- Réunion mise en œuvre du socle commun.
- Réunion validation des compétences avec le logiciel.
- Réunion sur la validation du B2i.
- Réunion pour l'oral de l'HDA en 3e.
- Réunion sur la DHG (Dotation horaire globale de l'établissement).
- Réunions du conseil pédagogique.
- Réunions CA.
- Réunions commission permanente.
- Réunion rattrapage Pentecôte (deux jours).
- Assemblée générale de rentrée.
- Conseils d'enseignement (deux fois par an).
- Réunion sur la remédiation et le soutien ou sur les cours de « méthodologie ».
- Réunion sur l'environnement numérique de travail.
- Réunion sur le cahier de textes électronique.
- Réunion choix des sujets du brevet blanc.
- Commissions d'appel en fin d'année.
(On reprend sa respiration...)
- Commissions éducatives.
- Réunion prise en compte du handicap spécifique d'un élève.
- Réunions préparation des jurys pour le rapport de stage en entreprise et soutenance orale (classe de 3e).
- Réunion de bassin avec l'inspecteur pédagogique régional (IPR) pour la mise en œuvre des nouveaux programmes (qui changent tous les 8 ans en moyenne).
- Conseils de discipline.
- Réunion des modérateurs du brevet.
- Commission de choix des sujets.
- Commission d'harmonisation du brevet.
- Réunion du Comité de pilotage du projet d'établissement.
- Réunion pour les PAI (Projet d'action individualisé) ou les PPS (Projet personnalisé de scolarisation).
- Réunion constitution des classes de l'an prochain, etc.

Notre système éducatif est frappé d'un mal sourd : la réunionite aiguë ! Doublée souvent d'une bureaucratie lancinante.

Et comme le regrette Antoine Desjardins, "la réforme du collège de Mme Vallaud-Belkacem va probablement exiger à nouveau des réunions interdisciplinaires entre collègues". "Actuellement, écrit-il, ce n'est plus l'élève qui est au centre, ni l'instruction, ni la culture. Encore moins la pédagogie. Mais le blabla improductif et les faux semblants, les réunions, les cases à cocher." En un mot : "le vent" !"

(Réf. Ce n’est pas l’élève qui est au centre, mais le vide !, Antoine Desjardins, Marianne 28 mai 2015)

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