Zapping, blablas improductifs, faux semblants et cases à cocher...


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Zapping et concertations tuent l'enseignement

Pour l’interdisciplinarité, comme pour le zapping imposé aux profs de maths de lycée avec l’obligation d’adopter une progression spiralée ET faire passer des épreuves communes ET choisir chaque semaine des élèves pour les mettre en AP, la réalité me montre plutôt que l’enseignement en lycée devient quasiment impossible, sauf en laissant tomber la rigueur.

Ce n’est pas en obligeant les enseignants à préparer leurs cours de 19h à 21h chaque soir pour le lendemain, car la concertation a décidé de traiter (d’effleurer : progression spiralée oblige) tel sujet le lendemain, mais en fait tel autre le surlendemain, qu’on arrive à proposer des cours lisibles aux élèves. On ne peut plus travailler ses séances bien à l’avance : danger. Ou alors, il faut travailler par fiches interchangeables pour des séances d’une heure chacune, à utiliser dans des ordres différents suivant la concertation en cours, qui change chaque année. 

Avec la réforme, je pense que ce sera pareil au collège. Pour l’attrait des élèves vers les sciences, le problème vient de la destruction des filières typées au lycée. On a fait plaisir aux parents : tout le monde va en S mais pas pour faire des sciences : cet enseignement est minoritaire en section S, et personne n’a le niveau, et ce n’est pas près de s’arranger. 

Ce n'est plus l'élève qui est au centre, mais le blabla improductif et les faux semblants, les réunions, les cases à cocher : le vent !

Voici des extraits choisis de l'article Ce n’est pas l’élève qui est au centre, mais le vide ! de Antoine Desjardins (Marianne 28 mai 2015), paru au moment de l'annonce de la réforme du collège 2016 et de tous les choix idéologiques qu'elle contient. Personne ne semble se poser la question de savoir si les contraintes nouvelles imposées par cette réforme pourront être gérée dans la réalité. Voilà une mise en garde :

DEBUT DES EXTRAITS

"Enseigner est devenu impossible mais ce n'est pas encore tout à fait suffisamment impossible : ceux qui chargent notre barque devraient songer à rajouter encore quelques réunions et astreintes supplémentaires à la liste déjà un peu fournie des réunions et activités diverses, hélas souvent débilitantes et improductives, qui empêchent très bien d'enseigner correctement...

Merveilleux ! Ils y ont songé puisque la réforme du collège de Mme Vallaud-Belkacem va probablement exiger à nouveau des réunions interdisciplinaires entre collègues.

Enseigner, c'est en effet instruire les élèves et donc préparer des cours, corriger des copies, et (ceci n'est pas un détail) reconstituer ses forces  après une dépense nerveuse et une tension physique et psychique dont chacun s'accorde à reconnaître qu'elle n'est pas minime dans ce métier. Venez vous frotter une heure à nos « nouveaux publics »...

Avoir le temps de respirer, c'est aussi avoir un cours qui respire. Actuellement le professeur n'a plus le droit de respirer. Ce n'est plus l'élève qui est au centre, ni l'instruction, ni la culture. Encore moins la pédagogie. Mais le blabla improductif et les faux semblants, les réunions, les cases à cocher : le vent !

Bienvenue dans la « pédagogie » post-humaniste.

Mécaniquement, les enseignants vont être amenés à rogner et rognent déjà, sur la qualité des cours (une trop grande fatigue engendrant un moindre tonus pédagogique), à rogner sur les préparations et le renouvellement du contenu des cours, à rogner sur le nombre des contrôles, leur qualité, leur régularité. A rogner aussi sur l'attention portée à chacun de ses élèves : presque cent-vingt, par exemple, pour un enseignant de français.


Vive les QCM à venir ! Qui ne va pas finir, c'est logique, par les souhaiter ardemment ? Une taylorisation sournoise est à l'œuvre qui va transformer l'enseignant en simple exécutant, faisant fi de sa liberté pédagogique. Pourquoi rogner ? Pour survivre... Nous sommes la seule catégorie de fonctionnaires qui n’a pas vu diminuer son temps de service depuis 1950.

(...) 

Le « cours » s'est complètement démonétisé au profit de l'investissement dans la vie de l'établissement, notion vague à l'aune de laquelle tout désormais se mesure. L'avancement de chacun en dépend ! Comme si, finalement, ces dix-huit heures de cours en présence des élèves n'étaient plus qu'une bagatelle, un ornement presque inutile et parasite, un accessoire.

Qui fait cours, le plus convenablement qu'il le peut (tâche très prenante et, exactement, herculéenne), est réputé ne rien faire car il a choisi de privilégier son enseignement plutôt que plastronner dans les réunions ou jeter de la poudre aux yeux dans des activités péri-disciplinaires ou parascolaires pourtant nettement moins fatigantes. Le voilà à présent suspect de ne pas vouloir « travailler en équipe » et de récuser les bienfaits démontrés scientifiquement de l'interdisciplinarité !

La « séquence didactique » fast-food, avec ses horaires en peau de chagrin, sa note unique de fin de séquence, son refus des apprentissages systématiques et cohérents, son apologie du saupoudrage, sa haine de la durée, anticipait déjà cette mécanique de la fuite en avant, cette logique d'économie sur la qualité. 

(...)

Voué à la surchauffe et à la panne, le professeur est désormais une mauvaise machine dont l'énergie se dissipe à 80 % en vaine chaleur perdue dans l'air quand 20 % à peine de cette énergie contribue à éclairer les élèves et actionner les durs pistons de l'enseignement et de la transmission des savoirs. Les élèves font les frais de cette déperdition programmée.

Il faut redire ici, que 18 heures d'enseignement ou même 15 heures, et nous parlons de vrai enseignement et non d'animation, suffisent très bien à occuper pleinement cet être humain (normalement constitué physiquement et nécessairement beaucoup plus résistant nerveusement...) qu'on appelle un prof.

(...)

Mais alors, pourquoi vouloir rendre cette mission impossible... encore un peu plus impossible, en dévoyant complètement l'énergie des enseignants ? Pourquoi ces bâtons dans les roues, d'une institution devenue littéralement folle ?

Pourquoi laisser prospérer les officines privées appelées à compléter ce que l'école ne fait plus. L'une d'entre elles, Complétude, la bien nommée abreuve les parents de brochures luxueuses qui proposent...cours systématiques, exercices, révisions, travaux, méthodes, programmes ! Pratiquement des gros-mots ou des mots douteux dans notre chère Éducation nationale...

Bon, s'il y a Complétude ici, c'est qu'il y a Incomplétude là !

(...)

Dans la loi d'orientation de 1989, le législateur voulait mettre l'élève au centre. Certains d'entre nous pensaient qu'il valait mieux y mettre la transmission des savoirs. De nos jours plus rien ni personne n'est au centre que le vide et le vent. Les inégalités s'accroissent dans l'indifférence, l'illettrisme galope, les marchands d'école prospèrent pendant qu'on empêche les enseignants d'enseigner.

FIN DES EXTRAITS




***


Moi, quand j'entends parler de la réforme du collège 2016 :





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