Rater le CAPES de 8 points : que faire ensuite, faut-il rempiler ?





Voici le compte rendu de deux oraux de CAPES externe passés en juin 2015, qui montrent bien les aléas de ces épreuves, combien il faut assurer en mathématiques, et ne pas se dévaloriser pendant l'entretien simplement parce qu'on est très honnête.





Beaucoup d'informations dans ce compte rendu où l'on apprend que des jurys ne montrent pas de réactions négatives dans certains oraux où le candidat se trompe pourtant lourdement : 
« En fait juste ou faux, ils semblent toujours encourageants et satisfaits. ».
Cela explique que l'on puisse ressortir de l'épreuve très content et être surpris pas sa note à l'annonce des résultats. C'est dommage : je trouve qu'il est plus utile que le candidat ne se fasse pas trop d'illusions sur sa prestation, mais disons que certains jurys jouent un rôle pour ne pas trop impressionner les candidats et leur laisser la possibilité de se rattraper... 

A l'oral, tout est possible. Voyons ce témoignage instructif :


DEBUT DU TEMOIGNAGE

Bonjour

En premier lieu je voulais vous remercier pour vos informations accessibles sur internet et certains de vos livres que j'ai utilisés pendant ma préparation. En introduction je vous présente ma situation personnelle : j'ai travaillé 25 ans comme ingénieur pour EDF (ingénierie nucléaire) après des classes préparatoires scientifiques (1985-1987) et un diplôme d'ingénieur chimiste obtenu en 1990. Mère de famille de 3 enfants (18, 20, 21 ans) tous en études supérieures (mon fils vient d'avoir son bac aujourd'hui et quitte la maison à la rentrée), j'ai décidé le 01/12/2014 de prendre ma retraite anticipée (à 48 ans) car je souhaitais depuis plusieurs années me reconvertir dans l'enseignement.

J'ai préparé seule à la maison l'écrit du capes de janvier à mars. Mes filles ayant fait les classes préparatoires l'une commerce l'autre scientifique j'ai récupéré aussi leurs cours.

Dès la fin de l'écrit j'ai préparé activement l'oral (aucune impasse : 57 leçons préparées). J'ai eu la surprise d'avoir été admissible (11 et 7) ; sincèrement le sujet 2 ne m'avait pas inspiré (je ne suis à l'aise ni en probabilités, ni en division euclidienne !) et j'aurai mis 2 à ma copie.

J'étais convoquée les 24 et 25 juin à Lille, mais je m'y suis rendue dès le 22 pour pouvoir assister en tant qu'observateur à des oraux 1 et 2. Malheureusement en descendant du TGV j'ai eu un accident (en portant une valise de 15kg) et je me suis bloquée violemment le dos. Un médecin a dû intervenir pour me débloquer et me donner un traitement de cheval (piqûre d'anti-inflammatoire le matin). Bref je n'étais pas physiquement dans les meilleures conditions mais comme j'avais un certificat médical m'interdisant de porter ma valise je suis reconnaissante aux organisateurs du lycée qui m'ont autorisée â utiliser l'ascenseur et à un jeune qui m'a aidé pour manipuler les livres (à l'extérieur de la salle de préparation). Par contre comme il s'agissait d'un accident de dernière minute je n'ai pas bénéficié d'un temps supplémentaire de préparation (ce n'était pas nécessaire). Par contre  mon handicap m'a desservi lors de l'oral par mes difficultés de mobilité dans la classe. Je ne sais pas si cela a joué en ma défaveur puisqu’on m’a posé la question pour savoir si ce problème était chronique ou accidentel.

Épreuve 1 - J'ai eu le choix entre « PGCD Bezout » et « Série statistique à une variable ». J'ai choisi la leçon sur le PGCD pour éliminer le blocage que j'avais eu lors de l'écrit. Pendant la préparation j'ai utilisé Powerpoint pour réaliser l'ensemble de la présentation, l'idée étant de me ménager au maximum en limitant mes mouvements, ce que j’ai précisé dans l'introduction. Les 3 exercices que j'avais choisis, classiques, extraits directement des ouvrages, ne présentaient aucune difficulté. Par contre lorsque le jury a enchaîné un certain nombre des questions, j'ai clairement été « minable ». Je comprenais les questions mais dans la réalisation des exercices j'ai cumulé des erreurs grossières : calcul, formule (lien PGCD et PPCM). J'ai quand même réussi à sortir deux démonstrations (Bezout et homogénéité) toujours issues des livres et revues lors de la préparation. Quand je suis sortie j'étais très déçue car j'avais manqué d'assurance et de confiance. Mes connaissances mathématiques étaient trop faibles (niveau TS). Malgré cela j'ai eu 8. Je me serai mise 2.


Épreuve 2 - Lors de la préparation j'ai totalement galéré en voulant utiliser Geogebra pour la résolution graphique. Je pense avoir répondu correctement au point 1 en utilisant les objectifs/capacités en classe de seconde et en mettant en relation l'énoncé ou le raisonnement attendu. 

Point 2 : j'ai voulu proposer la résolution graphique puis algébrique et l'intérêt était de mettre en exergue la limite de la méthode graphique et de conseiller de vérifier que le résultat algébrique était cohérent avec l'approximation graphique. J'ai su exposer ce que le logiciel Geogebra aurait pu me permettre de faire (j'ai perdu beaucoup de temps dans la préparation pour ne pas être efficace). J'ai dit au jury que je ne savais pas utiliser Geogebra (dans le cadre de ma préparation j'ai découvert Algobox et géogébra 15 jours avant l'épreuve). Côté mathématiques je n'ai pas été exceptionnelle car sur la méthode algébrique en voulant proposer plusieurs solutions de résolution (raisonnement géométrique, repère cartésien ou équations de droites) je me suis trouvée souvent perdue ou brouillonne.

Point 3 - J'ai choisi des exercices de niveau troisième (retrouver l'identité remarquable (a+b)^2 sur la base d'une figure permettant de calculer 105 fois 2. Puzzle de Lewis niveau seconde. Exercice d’optimisation dans le calcul d'une aire. Je pense avoir correctement argumenté.


Question professionnelle : « En terme de différenciations, quelles actions concrètes pouvez-vous mettre en œuvre dans une classe ayant 40% d'élèves en grande difficulté ». J'avais lu le dossier correspondant sur Eduscol et il me semble avoir restitué des exemples concrets. Le jury a semblé satisfait et m'a demandé combien de livrets de suivi j'avais déjà renseignés. L'ambiance était conviviale et détendue et j'ai répondu que je n'avais jamais enseigné car en reconversion professionnelle.

Un observateur, préparateur au capes à l'université, m'a rassurée à la sortie. Dans la mesure où j'ai eu 5/20 (au final je ne suis pas admise car il me manquait 8 points) et que je ne comprends pas le décalage entre mon ressenti et la notation. Je vous transmets par mail ses remarques.

Pour compléter mes observations j'ai assisté à des présentations où le candidat a fait du hors sujet ou pire avait du mal à s'exprimer en français. J'ai aussi vu 2 leçons qui m'ont semblé correctement exposées. Mais dans tous les cas observés je n'ai pas ressenti de réactions du jury négatives. En fait juste ou faux, ils semblent toujours encourageants et satisfaits.

Mes questions sont les suivantes : si on considère que j'ai eu moins de 6 mois de préparation et que mes études théoriques datent de 30 ans en arrière, pensez-vous que ma situation soit désespérée ? Ou est-il raisonnable de retenter le concours ?

Est-ce que mon âge ou mon ex-situation professionnelle peut être rédhibitoire et dans ce cas je reste vacataire, sachant que je ne vise pas ce métier pour sa rémunération mais parce que, après avoir suivi la scolarité de mes trois enfants, je suis aujourd'hui totalement disponible et toujours enthousiaste.

Lorsque j’ai postulé au concours du CAFEP, le jury du pré-accord du diocèse m’avait dit : « Etre ingénieur ça ne fait pas tout ! ». Je me demande si l'éducation nationale souhaite réellement intégrer des reconversions professionnelles issues de l'industrie. Lorsque j'étais à Lille certains avec mon profil ont ressenti une certaine animosité de la part des jurys, ce qui n'a pas été mon  cas. Avez-vous eu des retours de cet ordre ? 

Si je devais retenter le concours pourriez-vous me conseiller une formation pour cette préparation : université, CNED, master MEEF privé, autre ? Merci d'avance pour votre retour car je m'interroge pour la suite.

Pour compléter cette lettre, je reprends ci-dessous le retour que j'ai eu d'un observateur qui était venu me voir dans la salle :

« Il est très difficile de savoir ce que le jury attend de cette épreuve et en particulier vers quoi s'oriente la notation. J'ai vu des oraux 2 où les étudiants ont été noté à 1/20. Vous aviez le mérite d'être claire dans vos explications données à l'oral. Cela n'a manifestement pas suffit. Il est vrai que du côté mathématiques, des lacunes se faisaient sentir.
Ce que l'on peut donc retenir de cela, c'est que pour le jury, il est important d'avoir un socle assez solide en maths. Le fait de savoir le présenter à une classe, de motiver la pédagogie de l'exercice, prennent partie dans la note mais certainement de manière secondaire.
Vous vous êtes aussi dévalorisée en ayant été trop franche : « Je ne connais pas du tout Geogebra » ou « Je n'ai jamais enseigné de ma vie ».  Je ne pense pas que ces phrases sont valorisées lors d'un tel oral. Vous n'êtes pas très loin de l'admission. Si vous souhaitez retenter le CAPES l'an prochain, je ne peux que vous encourager à rejoindre une formation universitaire. »
FIN DU TEMOIGNAGE



Commentaires de DJM :

Merci pour ce témoignage qui nous éclaire sur certains écueils. En règle générale, il ne faut pas trop se dévaloriser devant le jury, comme par exemple en disant qu'on n'a jamais touché à Geogebra. Même si l'on a des difficultés à l'utiliser, on n'en dira pas plus. 

Je rejoins le commentaire envoyé par un formateur : pour assurer à l'oral, il est essentiel de bien maîtriser certains fondamentaux en mathématiques, et avoir des idées claires sur les notions mathématiques employées. C'est une constante au CAPES de mathématique depuis tant d'années. Les jurys doivent s'assurer que les candidats maîtrisent les notions qu'ils utilisent beaucoup mieux qu'un élève de lycée, qu'ils raisonnent en ayant une culture mathématique de niveau licence. Montrer que l'on a des lacunes dans un domaine des mathématiques qui fait partie du programme du CAPES fait perdre énormément de point. 

Un de mes anciens étudiants, vacataire depuis 3 ou 4 ans, et venant juste de réussir son CAPES cette année, vient de m'expliquer dans le couloir de l'ESPE qu'il a assisté à un exposé sur les droites et les plans de l'espace, et que le jury avait posé une question à laquelle le candidat ne s'attendait pas après un exposé au niveau lycée . Il s'agit d'une question hyper classique que l'on entend poser depuis plus de 25 ans, avec des petites variations :
« Comment pouvez-vous définir une droite ? Vous devez répondre ici à un niveau post-BAC, donc en utilisant toutes vos connaissances de licence.» 

Le jury voulait une définition rigoureuse comme on la trouve à l'université, et ne s'est bien entendu pas contenté de la réponse du candidat qui expliquait que les droites étaient bien connues des élèves depuis la sixième, et que cela faisait partie des prérequis. Et oui, une droite est un espace affine de dimension 1. C'est donc l'ensemble des points M de l'espace affine dans lequel on se place, tels qu'il existe un réel lambda tel que le vecteur AM soit égal à lambda fois le vecteur u, le point A et le vecteur u étant donnés à l'avance. Il ne faut pas oublier ses mathématiques de base sous prétexte qu'un élève de sixième aura une autre conception d'une droite. On peut aussi parler de l'axiomatique d'Euclide-Hilbert qui revient à admettre (un peu comme en sixième) que l'on travaille dans un espace dont les éléments s'appellent des points, et dont certaines parties s'appelles des droites, et de préciser quelques axiomes concernant ces droites et ces points. C'est une seconde façon de répondre à la question. Les deux points de vues sont à connaître des candidats et de tous ceux qui s'intéressent à la géométrie : on pourra lire le livre Géométrie du collège pour les matheux pour éviter les pièges de ce type.

Revenons à vous : 8 et 5, alors qu'il manquait un certain entraînement en arithmétique et que vous avez eu des problèmes avec Geogebra, sans compter le mal de dos qui fait perdre beaucoup de moyens, ce n'est pas si mal même si cela ne permet pas de réussir cette année. 

Selon moi, et selon beaucoup de collègues, votre âge ou votre ex-situation professionnelle ne seront pas un handicap pour passer le CAPES. Bien sûr, cela dépend toujours un peu du jury devant lequel on passe, bien sûr on pourra toujours asséner qu'« être ingénieur ça ne fait pas tout ! », mais à l'oral tout le monde se trouve toujours sous le feu des questions, et ce n'est facile pour personne. Vous avez des atouts qui joueront en votre faveur : vous avec connu le monde professionnel, la vraie vie. Vous pourrez parler du métier que vous exerciez en étant ingénieur chez EDF et c'est important pour vos collégiens plus tard ! Vous pourrez dire à vos élèves ce qu'est l'entreprise. De plus vous avez reçu une formation solide, vous êtes passée par les classes préparatoires et acquis des qualités qui ne vous quitteront plus : honnêteté (essayez d'en faire moins quand même à l'oral), rigueur, précision des explications, capacités de raisonnement...

Pour moi, l'affaire est claire : vous avez envie d'enseigner, vous voulez être vacataire, donc soyez-le et continuez de préparer le CAPES en parallèle. En potassant le programme du CAPES un peu chaque jour, vous aller devenir de plus en plus performante, réussir à nouveau les écrits en dégageant une petite réserve de points, puis vous pourrez réussir les oraux, ou du moins les gérer au mieux suivant les leçons sur lesquelles vous tomberez, car il y a toujours un facteur chance pour tous les candidats. Il faut se préparer et avoir le courage de retenter se chance. D'ailleurs, je pense que l'année prochaine vous serez une as de Geogebra !

Votre compte rendu montre d'ailleurs à tous qu'il faut au minimum s'accoutumer au tableur, à Algobox et à Geogebra. Cela suffit en général. Il faut aussi bien travaille les leçons en profondeur, en essayant de voir toutes les questions qui peuvent être posées par un jury, et s'accoutumer à utiliser des livres du secondaire. 

Recommencez votre préparation, soit seule (ce qui permet à beaucoup de candidats de réussir : un investissement personnel régulier permet d'atteindre la lune...), soit en vous inscrivant en préparation au concours dans l'ESPE de votre académie, si celui-ci n'est pas trop loin de chez vous. Cela permet d'assister à tous les cours du master première année comme si vous étiez auditrice libre, ce qui aide énormément si on veut s'entraîner sur des épreuves écrites qui seront corrigées, et ensuite si on assiste aux simulations d'oraux en écoutant les questions d'un formateur durant l'entretien qui suit l'exposé.

Lisez bien la page CAPES externe de MégaMaths (et visitez TOUS les liens marqués sur cette page) que je dois mettre à jour très bientôt pour parler de mes deux livres spécialement écrits pour rassembler beaucoup de bases pour le CAPES 2016, et qui permet de ne pas commencer par se lancer sur les 7 livres de la collection Acquisition des fondamentaux pour les concours qui ciblent le CAPES mais aussi l'agrégation interne, ce qu'un candidat au CAPES n'a pas besoin de voir.

Le premier livre est sorti aujourd'hui et sera à moitié prix jusqu'à lundi prochain : c'est PREPA CAPES MATHS 2016 Géométrie. Le second doit paraître dans quelques jours.

En tout cas, ne perdez pas confiance, continuez à enseigner tant que vous en avez envie, et continuez à préparer le CAPES pour obtenir un statut plus solide. Avancez jour après jour dans le programme du CAPES. Tout se passe alors comme quand on bâtit un bonhomme de neige : au début, la boule de neige est petite, puis grossit, puis grossit jusqu'à devenir énorme. Pour les connaissances, c'est pareil. Alors si on se concentre sur les connaissances demandées au concours, on finit forcément par avoir beaucoup de répondant !

Bon punchn et avanti !


























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