Une préparation à un concours comme l'agrégation interne peut-elle être sereine ?

Un Mégamathien qui prépare l'agrégation interne, voulait acheter mes deux livres de la collection AGA, qui portaient sur le CAPES externe et l'agrégation interne des années 2012. Il m'a demandé si c'était, selon moi, un choix judicieux. Je lui ai déconseillé de le faire car les exercices proposés sont extraits des livres de la collection Acquisition des fondamentaux pour les concours ou de ceux d'exercices et problèmes, pourraient faire double emploi si l'on décide un jour de s'attaquer à ces derniers.  

Pour l'agrégation interne, il ne faut pas hésiter : si l'on cherche un recueil d'exercices courts centrés sur les questions importantes à bien connaître avant d'aller au feu du concours, sur lesquels on peut s'entraîner de façon EFFICACE, car il s'agit d'exercices qui sont à portée de tir, et qui apportent immédiatement une information, une connaissance, une technique, une méthode, permettant de rentabiliser la demi-heure d'entraînement que l'on consent, il faut plutôt choisir les volumes de la collection Acquisition des fondamentaux pour les concours.

Voici la réponse que l'on m'a faite : 
"Cela confirme donc mon idée d'acquérir la collection Acquisition des fondamentaux. Je vous avoue que bien que motivé, le quotidien est ce qu'il est, et il est difficile de trouver le temps de potasser les concours. En lisant la description des AGA que j'ai reçue dans un mél d'Amazon, j'ai été piqué de curiosité. En me disant que ça aiderait à la mise à niveau pour permettre une préparation plus sereine, mais une préparation à ce type de concours peut-elle être sereine ? Je ne pense pas. Il faut se mettre devant son programme, ses exercices et potasser dès que l'on peut..."

En fait, il existe beaucoup de façons de se préparer. On peut par exemple transmuter sa préparation en une discipline sereine, sans violence contre soi-même. Personnellement pour préparer l'agrégation interne, j'ai commencé par me dire de m'entraîner une demi-heure par jour, 365 jours dans l'année, en m'arrangeant pour ne jamais rester bloqué quelque part (d'où mon idée de toujours utiliser des exercices ou des problèmes corrigés).

Une feuille quadrillée me permettait de dessiner un trait pour chaque demi-heure accomplie : deux traits, faisant une croix, signifiaient que j'avais capitalisé une heure. Je devais ainsi seulement arriver à travailler 30 heures par mois. J'avais le droit de prendre de l'avance et de dessiner chaque jour autant de traits que de demi-heures travaillées pour pouvoir me reposer les jours suivants (pour un voyage, passer du temps avec mes enfants, faire du sport, préparer mes cours du collège, etc.).

Bien sûr, je m'autorisais à dépasser ce temps minimal si je le voulais, et sur le long terme je dépassais une heure d'entraînement par jour. Je voyais alors cette préparation comme un jeu. Je partais à la plage avec des exercices corrigés, du cours à lire... Je m'y mettais à n'importe quel moment, comme lorsqu'on saisit une grille de mots croisés, dès que j'avais un peu de calme. Cela m'a été profitable. On accumule des connaissances jour après jour : il y a un effet boule de neige. Après, il suffit de compter sur l'aide de la nature, en espérant avoir de la chance le jour J et, le moment fatidique, pouvoir retrouver des passages déjà travaillés, des réflexes sur lesquels on s'est entraîné, des idées que l'on a déjà explicitées...

Pour l'agrégation interne, et pour me décomplexer, je m'étais donné carrément dix ans pour la tenter, mon but étant d'essayer de l'obtenir par "débordement". Pour moi, cela signifiait acquérir suffisamment d’accointance avec les thèmes d'étude pour que les solutions d'un certain nombre de questions me reviennent naturellement à l'esprit quel que soit mon état psychologique (content, inquiet, perturbé, ailleurs...) : lire le sujet devait me donner des idées que je me serais senti naturellement obligé de de tester au brouillon.

C'était une voie possible, finalement agréable. Arriver à apprendre ou réviser au moins un élément de connaissance chaque demi-heure, cela fait du bien : on engrange des connaissances, on se dirige forcément dans la bonne direction ! Il faut s'entraîner dans la joie comme si on jouait aux dames, au go ou aux petites croix. Faire des mathématiques, c'est un jeu. C'est bon de se reprogrammer mentalement pour transmuter un travail en plaisir.

Pour être franc, le seul moment où j'ai eu plus de mal à continuer à "jouer aux mathématiques" a été celui où j'ai appris que j'étais admissible. Parfois, je me disais que je préférais quand même me débarrasser tout de suite de ce concours, et ne pas avoir à recommencer cette ascèse encore une année, ou plus, en assurant un temps complet au Collège Michelet à Pointe-à-Pitre. C'est normal de penser ainsi. Il faut simplement que cela n'interfère pas trop sur le mental, sous peine de nous disloquer.

J'ai eu suffisamment de chance à l'oral : j'ai vécu un oral calamiteux suivi d'un autre merveilleusement réussi. On ne sait jamais comment cela peut se dérouler à l'oral : on tente d'éviter des écueils connus, on se rappelle de ce qu'on peut, et finalement on vit ce moment comme il se présente, pour le meilleur et pour le pire. Comme j'avais bien réussi l'écrit, ce que je ne savais, j'estime que j'ai eu beaucoup de chance. J'en parle un peu ici

Chacun vit une expérience particulière. Chacun essaie de trouver une voie, une incidence, pour découvrir plus de choses et bien avancer dans les thèmes mathématiques à approfondir. Il faut s'accorder la liberté de parcourir sa voie en toute quiétude.

Pour l'agrégation interne, je conseille de travailler les livres de la collection Acquisition des fondamentaux pour les concours,  en commençant par le volume que l'on désire, de lire des livres de cours, et de se lancer dans des problèmes d'annales corrigées. Tout cela en prenant le plus de plaisir possible, car quand le plaisir est au rendez-vous, on devient énergique et volontaire.

Dans Acquisition des fondamentaux, tous les exercices sont courts et construits sur des fondamentaux qu'il faut connaître. Il s'agit de questions qui peuvent être posées pendant les épreuves, à l'écrit comme à l'oral. On y trouve seulement des questions où un entraînement permet de forger ses armes et d'en tirer des bénéfices plus tard : les questions impossibles auxquelles de toute façon personne ne répond pendant les épreuves écrites ne figurent pas dans cette collection (c'est inutile de perdre un temps précieux à tenter de les résoudre, sauf pour le fun ou pour se faire plaisir. La réussite au concours ne viendra pas de ces questions très difficiles, mais des autres, celles que l'on trouve en suivant des méthodes classiques que l'on peut apprendre et retenir...

Mais vous avez aussi raison en disant que, finalement, il s'agit de se mettre devant des textes mathématiques et potasser dès qu'on le peut.

Commentaires

  1. Prof en collège depuis une petite quinzaine d'années, je me suis lancé cette année dans la préparation de l'agreg interne et je découvre sur ce billet que mon approche ressemble beaucoup à celle que vous avez eue vous-même. Cependant, une question reste ouverte pour moi. Peut-on réellement avancer efficacement dans la découverte d'un sujet d'agreg interne en n'y consacrant qu'une petite demi-heure à la fois ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oh oui, 180 h d'entraînement vous change un homme. Ce n'est peut-être pas suffisant pour l'avoir du premier coup, mais moi je m'étais donné 10 ans pour l'avoir (ce qui me permettait de déstresser).
      Le facteur chance existe aussi, surtout à l'oral, mais qui ne tente rien n'a rien. Donc transformer cela en jeu est appréciable :)

      Supprimer
    2. Merci pour votre réponse. Il est vrai qu'avec deux sessions de 30-45 minutes par jour depuis décembre dernier, force est de constater que j'ai fait beaucoup de progrès.

      A ce propos, envisagez-vous de commercialiser un jour vos livres sur l'acquisition des fondamentaux au format numérique ?

      Supprimer
    3. Non ce n'est pas d'actualité. Ces livres sont volumineux et les prix atteints sont fonction du poids des fichiers. Comme ce sont des livres "homothétiques", c'est-à-dire des photos, le poids d'un tel livre numérique est important et le prix devient important.
      Il suffit de voir le prix de mon livre numérique "Cours de géométrie" pour comprendre : 30,30 en Kindle, 30,51 en papier.
      Et très peu de personnes sont actuellement intéressés par les livres numériques en France : je l'ai vérifié en en préparant quelques-uns il y a 4 mois...

      Supprimer
    4. Tant pis !

      Il me restera toujours la possibilité d'acheter les ouvrages et de les numériser moi-même pour pouvoir les lire pendant les transports. :)

      Supprimer
    5. Aller juste pour vous : si vous me donnez le titre d'un ouvrage que vous voudriez voir en numérique, dites-moi le. Commençons pas un seul ouvrage et j'essayerai de m'y mettre pour le fun :)

      Supprimer
    6. Je vous prends au mot !
      J'ai emprunté trois de vos ouvrages à la BU. Le temps pour moi de finir mes révisions sur l'année de MPSI, de trouver à vos "Fondamentaux" une place effective dans mon planning et je reviens vers vous !

      Supprimer
    7. Bonjour à vous et bonnes vacances,

      la partie propédeutique étant passée je pense attaquer par l'algèbre niveau MP dès début septembre, ce qui correspondrait donc si je ne m'abuse au tome 1. Si votre proposition tient toujours, je pense qu'il risque déjà fort de m'occuper un bon moment !

      Supprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

47% de plagiat dans un mémoire de master : de la nécessité d'utiliser un logiciel anti-plagiat

Voici comment s'est déroulé mon oral du CAPES interne

Lettre de démission d'un professeur de mathématiques en poste depuis 1999