Stage en responsabilité : je n'ai aucune idée de la façon dont on enseigne devant une classe et cela me stresse au plus haut point


Je suis en train de traiter mon courrier après 10 jours sans aucun accès internet, perdu que j'étais dans un petit village perché tout en haut d'une montagne dans le Piémont : période de déconnexion obligée et hautement profitable pour faire le point et se remettre à des ascèses yoguiques et des marches en forêt... 

Ce courrier montre toute l'inquiétude qu'il peut y avoir à commencer son année de stage sans savoir comment pratiquement faire cours à ses classes (et c'est normal). Je ne donne pas de solution, comment le pourrais-je en si peu de lignes, mais tente quelques réponses. Voici :




QUESTIONS

Bonjour Monsieur Mercier, 

Je me présente : je suis S. et j'ai déjà eu l'occasion de vous écrire à de nombreuses reprises. Je restitue le contexte : j'ai obtenu le CAPES externe de maths en 2015 en candidat libre, pendant l'année 2015/2016, j'étais en report de stage pour préparer l'agrégation que je n'ai pas obtenue.

Je vais être affecté en septembre non loin de chez moi dans un collège rural (ce qui est plutôt un point positif : petit effectif, loin des banlieues difficiles où peuvent atterrir certains lauréats) et comme vous pourrez aisément le comprendre, à mesure que le temps passe, l’inquiétude me gagne...

J'ai, pendant de nombreuses années, donné beaucoup de cours particuliers mais je prends conscience que je n'ai aucune idée de la façon dont on enseigne devant une classe et cela me stresse au plus haut point.

Il y a une différence majeure entre : "être en tête à tête avec un élève et proposer un enseignement à tout un groupe", à cela viennent se greffer la "cohabitation" avec les collègues, la direction et la hiérarchie donc bon... De plus, j'ai entendu dire qu'il n'y avait pas une franche solidarité au sein du corps professoral, le moins que l'on puisse dire c'est que je suis dans mes petits souliers...

Je me doute fort que vous ne détenez pas de remède universel aux questions que je peux actuellement me poser mais si vous aviez quelques conseils de base permettant d'amoindrir mes appréhensions - et pouvant profiter au plus grand nombre - ce serait très aimable à vous.

Je me permets de vous solliciter car vous avez une grande expérience de l'enseignement des maths et vous êtes toujours de bon conseil.

J'espère que vous pourrez aller dans le sens de ma requête quand vous aurez quelques instants devant vous. D'avance, je vous remercie.

Bien cordialement, 

S..

PS: j'ai acheté 4 de vos ouvrages : "corps finis", "loi normale échantillonage et estimation", "codes correcteurs d'erreurs", "mathématiques et codes secrets". Ils sont vraiment très bien conçus et très agréables à lire, je les conseille vivement à tout le monde.



REPONSES

Bonjour,

Oui je me rappelle de vous. Il faut déjà rester calme et laisser venir les choses en se disant qu’on réagira pour le mieux le moment venu. Je suis mal placé pour décrire des méthodes que je n’approuve pas. Vous aurez un tuteur académique qui vous donnera des conseils et des méthodes, et il faudra surtout travailler avec lui. L’année demandera de grandes qualités d’adaptation, mais la grande majorité des stagiaires la passent avec succès, donc “haut les coeurs”, foncez et gagnez :) !

Faites des concessions pendant cette première année, le but étant de se faire titulariser. On vous présentera a priori la méthode constructiviste comme une panacée, testez-là puisqu’on vous le demande et que vous n’êtes que stagiaires. Cela m’est arrivé de visiter des stagiaires qui appliquaient cette méthode que je n’aime pas, et qui pourtant se sont excellemment débrouillé, et tant mieux. Une stagiaire m’a même dit, pendant l’entretien qui suivait ma visite : “ Vous voyez M. Mercier que cela peut fonctionner”. Je lui ai répondu que j’en était très content, même si cela ne correspondait pas à mon style... Et je lui ai fait un TRES bon rapport basé sur ce que j’avais vu.

Essayez d’en tirer le maximum de votre année de stage en responsabilité, tout en conservant votre esprit critique même si cela est difficile compte tenu des modes sempiternelles qui reviennent et reviennent et assènent de “fausses vérités” ou des “vérités partielles”. Profitez de cette année pour découvrir, réfléchissez par vous mêmes, communiquez avec vos tuteurs, avancez sur le sentier...  Ce n’est qu’après votre titularisation que vous pourrez continuer à expérimenter et choisir ce qui vous conviendra le mieux dans vos classes, pour le bénéfice de vos élèves et pour que cela fonctionne au mieux. On tente tous de fonctionner “au mieux” si l’on est sérieux et altruiste.

Etre nommé dans une zone rurale est une très bonne chose, c’est certain.

Ah : on tombe aussi assez souvent dans des équipes professorales unies où tout se passe bien, heureusement. Donc pas de panique : les choses se passeront pour le mieux du monde possible. 

Un problème connexe à la prise en charge et la préparation des cours est celui de la discipline minimum à faire respecter en classe pour permettre aux élèves de ne pas perdre leur temps. Vous pouvez allez voir l’article “Que se passe-t-il quand la classe nous échappe” qui donne des idées : je viens d’y replacer des liens valides grâce à vous, car les anciens liens ne fonctionnaient plus. 

Bon courage et restez zen ;)

Vous trouverez rapidement votre style.


***********************


NOUVEAU MEL

(...) Merci pour votre réponse très complète et instructive comme d’habitude ! Vous lire me redonne un peu confiance même s’il y a toujours une différence non négligeable entre ce qu’on imagine, ce qu’on nous dit et ce qui se passe dans les faits. J’ai lu sur divers forums - je les ai lus en diagonale - que le taux de redoublement en stage était assez élevé près 20 % parfois ce qui n’est pas très rassurant mais je préfère adhérer à vos sources...

A mon humble avis, je crois qu’il y a autant de façons de faire cours de maths qu’il y a d’enseignants ou d’apprentis enseignants, à partir du moment où les consignes sont respectées, que “le jeu d’acteur” est propre et “la mise en scène” soignée, il y a toutes les chances que le jury ( tuteur, directeur d’établissement et l’inspecteur ) donne son aval.

Comme vous le dites, cette année demandera de grandes qualités d’adaptation et les solutions viendront à mesure que l’on sera confronté à la réalité de la classe ... Pour ma part, j’aurai affaire à des classes de sixième et cinquième donc bon ... ça reste assez accessible, on ne me demande pas non plus d’enseigner à l’école polytechnique ! :)  Et puis, d’après ce que je crois savoir, les collèges ruraux ( le mien compte 250 élèves ) sont globalement moins difficiles...

C’est toujours un plaisir de vous écrire, voire une thérapie ... le compte à rebours est lancé et quand il faut y aller, il faut y aller ! Si d’autres interrogations me venaient, je vous en ferais part, histoire de ne pas rester à cogiter négativement !

Je serais vraiment heureux de réussir cette année car, à part, être un peu instruit et avoir quelques connaissances çà et là, je ne sais pas faire grand chose et puis enseigner c’est vraiment très gratifiant !
Encore merci pour le temps que vous consacrez aux autres car tout le monde ne le fait pas !



NOUVELLE REPONSE

Vous vous faites du soucis parce que vous êtes sérieux et désireux de bien faire. Vos futurs élèves auront de la chance. Moi aussi je me faisais beaucoup de soucis avant de débuter mon stage de CAPES en... 1981 juste après mon service militaire. On prends ses marques, et comme vous dites, on essaie d’adopter un style qui nous corresponde. Mon premier poste de capésien titulaire était à Briey, en Meurthe et Moselle (alors que je viens de Saint-Raphaël). C’était perdu dans la campagne, et parfait pour enseigner : les élèves étaient attachants.

Au début, il faut tout de même ne pas sourire et donner les règles à suivre. Etre juste envers tous, pas rancunier, OK, mais pénaliser les dérapages sans état d’âme, et permettre un changement d’attitude de l’élève à chaque instant. Il vaut mieux commencer l’année en étant strict et impressionner un peu les élèves, puis relâcher ensuite tranquillement et avec mesure. Je ne le savais pas en débutant mon stage de CAPES, d’où des difficultés et il a fallu que je me trouve un système pour redresser la barre au bout de 4 à 5 mois de classe. Et ça repart.

Je suis CERTAIN que tout va bien se passer pour vous. La façon dont vous pensez me le démontre. Et le truc important : après une certaine accoutumance, on prend vraiment plaisir à enseigner et à faire “voguer le bateau” pour le bénéfice du plus grand nombre possible. C’est un métier formidable, car on est en contact avec de jeunes humains pour leur donner des munitions pour affronter leurs vies, et pour construire notre société. Vous verrez :)

(...)

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

47% de plagiat dans un mémoire de master : de la nécessité d'utiliser un logiciel anti-plagiat

Voici comment s'est déroulé mon oral du CAPES interne

Lettre de démission d'un professeur de mathématiques en poste depuis 1999